Proche-Orient: Sanctuariser le Liban ?

Publié le par Patrice Sabater

hezbollah-drapeauL’éclairage Le Hezbollah a décidé de s’impliquer massivement aux côtés du régime d’Assad face au peuple syrien en révolte contre le pouvoir baassiste en se dotant de deux grands slogans de lutte : l’un à caractère sectaire, l’autre lié à « la défense de la résistance ». Mais il ne s’agit là en fait que d’une tentative de justification : en réalité, la participation du parti chiite a été décidée par les gardiens de la révolution à Téhéran, ce qui a poussé le bloc du Futur à qualifier le Hezb de « ramification milicienne de ces derniers ».
La question qui préoccupe plus d’un esprit dans ce contexte est la suivante : à la suite du communiqué du CCG et des prises de position de Riyad, comment le Liban fera-t-il face aux mesures que les pays arabes ont décidé de prendre contre les ressortissants libanais qui se trouvent sur leur territoire en signe de représailles contre l’aventure syrienne du Hezbollah ? Pour les responsables du CCG, la participation du parti pro-iranien dans les combats en Syrie les vise directement. Le Hezbollah a tombé le masque de la résistance et n’est plus qu’une brigade des gardiens de la révolution, estiment ainsi certains diplomates arabes qui n’ont pas tardé à porter plainte devant le président de la République... lequel a immédiatement pris les devants pour faire face à ce danger qui guette les Libanais dans les pays du Golfe. Le Liban officiel a ainsi multiplié ses contacts tous azimuts avec les diplomates accrédités au Liban pour souligner son attachement à la politique de distanciation vis-à-vis de la crise syrienne et à la neutralité du Liban proclamée par la déclaration de Baabda. Partant, la participation de n’importe quelle partie aux combats en Syrie, initiative condamnée par le chef de l’État, n’engage en rien le Liban.

 

Parmi les diplomates qui ont défilé chez le chef de l’État... l’ambassadeur d’Iran, au lendemain de l’assassinat, lors de l’agression des « chemises noires » près de l’ambassade d’Iran, du jeune Hachem Salman à Bir Hassan. Le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, le député Mohammad Raad, a également été convoqué au palais de Baabda. Devant ce dernier, le président Sleiman a presque été jusqu’à la mise en garde contre les répercussions de l’engagement militaire du Hezb en territoire syrien, soulignant que c’est le Liban tout entier qui sera sanctionné, et que des centaines de milliers de Libanais dans les pays arabes seront limogés et paieront le prix de cette aventure insensée.
Cependant, le Hezbollah ne peut plus reculer, estiment des milieux proches du 14 Mars. Il ne peut plus retirer ses troupes. Il s’agit d’une décision qui ne lui appartient pas, mais qui est entre les mains de l’Iran, qui estime avoir enregistré une victoire avec la chute de Qousseir. Or Téhéran ne reculera pas, mais continuera au contraire à soutenir le parti et à envoyer les combattants du Hezbollah en territoire syrien sans tenir compte de répercussions éventuelles de cet engagement. 375952 196265463790119 100002199999191 439784 808967105 n
De leur côté, les milieux salafistes, qui se sont unis au sein d’un seul et même courant, auraient décidé de réagir et de répliquer au Hezbollah au plan interne. Le ciblage du van lundi à Taanayel n’aurait été qu’une entrée en matière en attendant la confrontation générale à venir. Cependant, de source officielle, l’on maintient qu’il n’existe aucune volonté étrangère de provoquer un effondrement de la situation sécuritaire au Liban. Le mot d’ordre reste au maintien d’un calme précaire en attendant de trouver une solution à la crise syrienne. Par ailleurs, de sources financières, il n’y a pas eu d’injection de fonds politiques qui prouveraient une volonté éventuelle de déclencher les hostilités au Liban...
... Ce qui n’empêche que les Libanais devraient y mettre du leur, selon un diplomate occidental, et éviter une éventuelle violation des lignes rouges. En contribuant, notamment, à former un cabinet qui permettrait de sanctuariser le Liban du brasier qui l’entoure et dans lequel on cherche à le plonger. De même, un ancien ministre libanais estime qu’une dynamique internationale est nécessaire pour immuniser le Liban, bloquer la machine à tuer et trouver une solution à la crise régionale. Les dernières déclarations mardi du président russe Vladimir Poutine s’inscriraient dans ce cadre, d’autant que des contacts fournis se poursuivent entre Russes et Américains.
La communauté internationale est-elle encore capable de protéger le Liban des retombées de la crise syrienne avant qu’il ne soit trop tard, alors même que ce pays accueille déjà près de deux millions de déplacés syriens ? Y aura-t-il enfin une conférence nationale pour aider Beyrouth à porter ce fardeau ?
Pour l’instant, que de questions sans réponses...

Source: L'Orient le Jour. com - Philippe Abi-Akl  - le 13/06/2013

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