Réfugiés syriens : « Les perspectives sont sombres pour le Liban »

Publié le par Patrice Sabater

Mgr-Faddoul--Caritas---Liban-.jpgLe gouvernement libanais  estime qu’environ 1,4 million de Syriens séjournent actuellement au Liban, dont 1,1 million de réfugiés. Les autres auraient déjà vécu au Liban avant le début des hostilités.  « Toutefois, en cas de bataille décisive pour Damas, la situation des réfugiés tournera au désastre » explique Mgr Faddoul président de Caritas au Liban, dans un entretien accordé vendredi 27 septembre à l’AED.

La menace d’une attaque américaine contre la Syrie a passagèrement engendré une augmentation du nombre de réfugiés au Liban explique-t-il: « mais maintenant que la menace de la frappe militaire s’est éloignée, le nombre de réfugiés est revenu à son niveau de départ. »

Influence dévastatrice de la guerre de Syrie sur le Liban

Déjà à l’heure actuelle, les quantités élevées de réfugiés déstabilisent le Liban. « Le dernier rapport de la Banque mondiale a montré l’influence dévastatrice de la guerre syrienne sur la société, la sécurité et l’économie libanaises », a souligné le responsable de Caritas. Selon ces estimations récentes, les pertes que l’économie libanaise aurait subies à cause du conflit s’élèveront jusqu’à la fin de l’année prochaine à 7,5 milliards de dollars US. Mgr Faddoul déplore les problèmes sociaux et de sécurité qui viennent s’y ajouter : « À ce niveau-là, les perspectives d’avenir sont sombres. »

Ce prêtre de l’Église maronite a toutefois souligné que le nombre de réfugiés ayant refusé de s’enregistrer auprès des Nations Unies aurait « considérablement » reculé. « Beaucoup d’entre eux ont pris conscience que l’enregistrement constituait la seule voie pour obtenir des soins médicaux. Si le taux de réfugiés non enregistrés avoisinait auparavant les 40 %, ils ne sont entre-temps plus que 20 % », assure Mgr Faddoul.

Jusqu’à présent, avec le soutien de l’Aide à l’Église en détresse, son organisation a porté secours à environ 125 000 réfugiés dans tout le pays. Environ 10 000 d’entre eux sont chrétiens, tous les autres musulmans. Mgr Faddoul exprime son inquiétude quant à l’approche de l’hiver. « Nous avons besoin de tout : couvertures, mazout, vêtements, denrées alimentaires, produits d’hygiène, fonds pour payer les logements etc. Nos moyens ne suffisent jamais. Mais nous essayons de faire tout notre possible avec ce que nous recevons. »Logo-Caritas-Liban.jpg

« Les rues sont pleines d’enfants qui mendient entre les voitures »

Sœur Georgette Tannoury, de la congrégation du Bon Pasteur, a également exprimé à l’Aide à l’Église en détresse son inquiétude concernant les conséquences déstabilisantes du conflit en Syrie. Dans la capitale libanaise de Beyrouth, elle dirige un service de consultations externes pour les réfugiés, qui s’occupe parfois de 150 Syriens par jour, pour la plupart des femmes et des enfants. L’AED la soutient dans ses activités humanitaires. « La quantité de Syriens est très élevée », affirme Sœur Georgette. « Les rues sont pleines d’enfants qui mendient entre les voitures. Il n’y a encore jamais eu autant de vols et de crimes dans ce pays que cette année. Il s’ensuit une augmentation de la frustration au Liban face à tous ces réfugiés. Une dame m’a dit qu’elle avait peur d’envoyer sa fille seule dans la rue pour faire des courses. »

Étant donné qu’au Liban, contrairement à la Jordanie, il n’existe pas de camps d’hébergement pour les réfugiés, ceux-ci y sont dispersés sur tout le pays. « Ils habitent souvent dans des garages. Des familles qui, en Syrie, avaient vécu dans des maisons spacieuses, se retrouvent soudain dans une seule pièce avec quinze autres personnes. Leurs enfants refusent cette situation et préfèrent vivre dans la rue. »

Sœur Georgette témoigne que la détresse pousse souvent les gens à des actes de désespoir. « Une femme m’a raconté que son mari l’obligeait à se prostituer pour nourrir la famille. Un père de famille a vendu sa fille de 13 ans à un homme de 60 ans pour avoir de l’argent. Toute la journée, j’entends ce genre d’histoires. Puisse Dieu prendre pitié de Son peuple. Je remercie l’Aide à l’Église en détresse de son soutien. Nous continuerons à aider les plus pauvres des pauvres. »

Source : AED - Oliver Maksan (30 sept. 2013)


Logo AED (3)